Jean-Yves LE BOUILLONNEC nous fait part de ses réflexions un été
riche en évènements.
Fraternité….
Chaque année, dans les jours qui suivent le 15 août, nous sommes nombreux, à Cachan ou ailleurs, à nous remémorer les évènements de
l’été 2006 qui placèrent notre commune sous les projecteurs médiatiques, au cœur d’une crise d’ampleur nationale.
Cette année encore, ceux qui ont participé à ces évènements, les familles expulsées de l’immeuble du CROUS, les habitants ayant
participé à l’élan de solidarité et d’entraide, les intervenants institutionnels ou associatifs, les médiateurs, les personnels et les élus municipaux, tous ont repensé à ce qu’ils ont vécu et
connu dans ces moments de fortes tensions, d’incertitudes et de difficultés. Des moments qui, je le crois, les auront fortement marqué.
Quelques articles de presse, des commentaires dans les médias sont aussi venus revisiter ces évènements et y apporter des éclairages
nouveaux, avec le regard éloigné et donc plus raisonné que le temps qui passe rend possible. L’idée, en particulier, que si l’heureuse issue de cette dramatique affaire avait constituée pour les
familles concernées un nouveau départ, le commencement d’une vie meilleurs, toutes les leçons n’avaient pas, en définitive, été tirés, par les pouvoirs publics de l’Etat, quant aux modes de
gestion de ces situations.
On le comprend lorsque l’on sait que toutes les personnes en situation irrégulière ont, en fin de compte, fait l’objet de décisions de
régularisation. Et que la presque totalité des plus de quatre cent hébergés dans le gymnase Belle Image ayant bénéficié du protocole d’accord ont, en quatre ans, non sans mal mais effectivement,
été relogés dans le cadre du dispositif dont France Terre d’Asile avait la charge.
Ainsi se confirme qu’on aurait pu faire l’économie de plus de trois ans de crise, de violences et de souffrances, depuis les premiers
jours du squat dans la résidence étudiante du CROUS jusqu’au départ des derniers hébergés du gymnase.
Mais l’Etat, au lieu de prendre en compte la réalité de la situation, son caractère exceptionnel, avait été conduit par
des décisions ministérielles à l’utiliser pour illustrer une stratégie politique à vocation exclusivement électoraliste. Rien n’a manqué des rodomontades, déclarations de fermeté intransigeante,
phrases péremptoires et définitives trahissant délibérément la vérité. Pour, en définitive, en catimini, considérant enfin et raisonnablement les seules issues possibles, faire ce qu’il fallait
faire dès le début : examiner chaque situation individuelle et lui apporter les solutions conformes au droit et aux principes de solidarité.
Un problème se posait. Sérieux, grave, complexe à solutionner. L’Etat gardien des valeurs républicaines les plus fondamentales, qui
devait le régler, s’est trouvé instrumentalisé à des fins partisanes, au point de manquer à toutes ses responsabilités.
L’Etat, dont pourtant les valeurs républicaines de Liberté, Egalité, Fraternité fondent l’existence, peut devenir, par l’effet des décisions des gouvernants, injuste et indigne.
Cette triste pratique n’a pas cessé depuis et les leçons n’ont pas été tirées.
Les décisions prises par le gouvernement, pendant cet été, d’expulser du territoire national, en grand nombre, des femmes et des
hommes de tous âges appartenant aux communautés Rom et Tzigane ressortissant de pays membres de l’Union et, à ce titre, bénéficiant des protections communautaires, en est à nouveau, et plus
gravement encore, la douloureuse illustration.
On sait les réactions d’interrogation, d’inquiétude, d’indignation et de réprobation qu’elles ont suscitées dans la classe politique, bien au delà des clivages habituels. On connait celles des hautes autorités religieuses universelles ou nationales, des intellectuels,
des organismes agissant au quotidien pour la défense des droits de l’homme, la lutte contre le racisme et la xénophobie, la solidarité ou l’entraide caritative.
On a reçu, avec honte et amertume, les observations critiques d’autres états ou des organismes de l’Union Européenne et les
questionnements réprobateurs de l’ONU.
Le Président Jacques Chirac, rompant avec une omission inexcusable, avait courageusement
et remarquablement, considéré qu’il fallait proclamer la culpabilité de l’Etat Français qui, pendant la dernière guerre, avait délibérément manqué à sa plus essentielle responsabilité: protéger
non seulement les Français, tous les Français mais tous les résidants, les plus faibles et tous ceux qui avaient été accueillis sur le territoire français pour échapper aux persécutions.
Il n’est aucunement judicieux de comparer des époques, des faits et des agissements qui ne peuvent et ne doivent pas
l’être. Mais il est, par contre, vrai et constant qu’un Etat démocratique puisse commettre des actes injustes.
C’est justement ce qui est en train de se passer. Voir les visages de ces femmes, de ces enfants contraints, entre deux rangées de
gardes mobiles, de quitter leur camp de fortune. Croiser furtivement leurs regards à travers les vitres des cars qui filent en direction des aéroports….
Entendre toutes ces déclarations, ces discours chargés d’amalgame,s de sous-entendus, de
propos discriminants…
Il s’agit bien là d’inhumanité, d’indignité !
Aux vrais problèmes que posent la situation de ces familles, leurs difficiles conditions d’existence dans leurs pays, la complexité
d’une adéquation entre leur mode de vie et les fonctionnalités sédentaires du nôtre, aux légitimes et impatientes attentes d’une réelle prise en compte européenne de ceux-ci, l’Etat une fois de
plus, à répondu, en mettant en œuvre les prescriptions politiciennes et partisanes du gouvernement.
Injuste, indigne. Coupable donc.
La France va-t-elle devenir illégitime à invoquer et proclamer les idéaux universels des droits de l’homme, de la liberté des peuples
comme de tout être humain? Elle les avait pourtant inspirés et imposés à la communauté universelle et, particulièrement, à notre continent européen devenu (presque) un havre de paix et un
exemple.
Je veux opposer, à cette triste interrogation, les moments chaleureux et émouvants partagés par les participants à l’échange
international des jeunes qui s’est déroulé cet été à Wreisna en Pologne.
Avec les autres délégations polonaises, allemandes et galloises, nos jeunes cachanais ont animé différents ateliers au cours d’une
matinée d’activités organisées pour les personnes handicapées moteurs ou cérébrales, non-voyantes, muettes, jeunes et adultes, résidants dans les établissements spécialisés de la ville amie. Dans
les ateliers de sport ou d’expression corporelle, aux gestes malhabiles, aux pas incertains, aux mouvements imprécis, aux manœuvres laborieuses des fauteuils roulants, à l’impossibilité
d’entendre et de voir pour mieux reproduire le mouvement nécessaire afin atteindre le but, réussir l’objectif ont répondu les rires, la joie et les regards illuminés de tous les
participants.
Des moments de bonheur émouvants, d’une force d’humanité incroyable. La fraternité, en pleine figure. Cet été, on en avait bien
besoin….
Jean-Yves LE BOUILLONNEC
Député maire de Cachan
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